Extrait exclusif!!

Soyez indulgent. C’est un premier jet. Je l’ai passé sommairement à antidote Mais ça vous met un peu dans l’ambiance sombre de ce roman! Bonne lecture.

Prologue

 

                    Les cris de la femme résonnaient dans la pièce. L’heure était venue. Ils le savaient. Les choses allaient se compliquer, mais ils avaient tout prévu.
                    — Va chercher le doc, ordonna Jérôme.
                    Loïc acquiesça et sortit de l’appartement en trombe.
                    — Ça va aller ma chérie, réconforta Jérôme à sa femme.
                    — Tu sais… très bien.. que non, il ne faut pas qu’ils l’attrapent. Je ne veux… pas que ma fille devienne… une endormie, souffla cette dernière entre deux contractions.
                    — Ça n’arrivera pas. Ne pense pas à ça. Tout est prêt. Concentre-toi sur le moment présent.
                    — Tu parles… J’aime mieux imaginer notre fille libre que poser mon attention sur.. argghhhhh, la douleur.
                    — Excellent point, acquiesça-t-il, la main de sa femme bien au creux de la sienne. Alors, visualisons l’avenir de notre fille ensemble. Je la vois libre de penser et d’agir.
                    — De créer aussi…. ma fille va créer de belles choses…
                    — Oui. C’est certain. Elle portera bien son nom.
                    — Tu es toujours en accord avec le choix?
                    — Oui. C’est un prénom qui incarne historiquement beaucoup de courage et de détermination.
                    Caroline se mit à pleurer. Un mélange de douleurs physiques, mais aussi de souffrance. Elle sait très bien ce qui va suivre dès que la petite sera au monde. Ils l’ont convenus ensemble depuis plusieurs mois. C’est la seule avenue pour lui assurer une sécurité qu’ils ne pourront pas lui offrir. Soudain, la porte s’ouvrit. Le docteur du groupe apparu, soucieux.
                    — Elle est à combien?
                    — Une contraction toutes les 3 minutes.
                    — C’est imminent. OK. Loïc, apporte-moi un bol d’eau et des serviettes.
                    Loïc partit et revint aussi rapidement avec ce que le médecin avait demandé. Ce dernier saisit une serviette et l’offrit à Jérôme. D’un signe de la tête, le futur père de famille savait ce qu’il avait à faire. Il s’approcha du visage de Caroline, sa main gauche toujours dans celle de sa femme.
                    — Mon amour, tu es la plus courageuse du monde entier. Donner la vie est le plus beau des cadeaux que tu peux offrir à l’humanité. Je t’aime!
                    Il déposa un baiser sur ses lèvres et d’un faible sourire mutuel qui scellait la suite, elle ouvrit la bouche et il y déposa la serviette que le médecin lui avait tendue. Avant tout pour étouffer les cris et donner le temps à la petite de venir au monde sans attirer trop l’attention. Pendant ce temps, le médecin avait enlevé le bas de pyjama de Caroline et lui avait recouvert le bas du corps par un des draps du lit pour lui offrir une certaine intimité. Ses premières analyses ne faisaient aucun doute : l’arrivée de l’enfant était imminente. Il voyait presque la tête de l’enfant.
                    — OK Caro, pousse! ordonna-t-il à la mère.
                    Dans un cri assourdi par la serviette, Caroline se mit à pousser dans une douleur indescriptible. Elle n’avait pas accès à la péridurale. Seuls les parents des futurs endormis avaient droit à un soulagement offert par l’État. Caroline eut besoin de quelques poussées supplémentaires avant de sentir un soulagement étrange lui parcourir le corps. Les cris soudains d’un bébé résonnèrent dans la pièce. Leur fille était née! Rapidement, le médecin clampa le cordon ombilical et regarda Jérôme, sous le choc d’apercevoir enfin sa fille.
                    — Félicitation, papa.
                    Il lui tendit les ciseaux chirurgicaux et ce dernier, tremblant, les saisit. Il coupa alors le cordon comme on le ferait avec un ruban lors d’une inauguration : il était certain que sa fille accomplirait de grandes choses. Le médecin nettoya rapidement l’enfant et l’emmitoufla pour le mettre au chaud et calmer ses pleurs. Il le tendit ensuite à Jérôme et retourna recoudre les dommages faits par le passage du petit être. Le téléphone de Loïc sonna au même moment. Il sortit de la pièce pour répondre et laissa Jérôme savourer le moment avec sa femme. Le nouveau père de famille contempla la petite dans ses bras, ému. Il regarda ensuite sa femme avec une étincelle dans les yeux. Il déposa le bébé sur le torse de Caroline, encore secouée de l’accouchement. Et comme si l’enfant comprenait la situation dans laquelle tous les trois se trouvaient, elle se tue, bien au chaud auprès de ses deux parents.
                    — On l’a fait! souffla-t-il.
                    Fronts contre front, dans une bulle d’intimité absolue malgré la douleur et malgré ce qui va arriver ensuite, ils dévorent des yeux chaque détail de ce minuscule miracle. Dix petits doigts parfaits, un tout petit nez fripé et cette respiration qui vient à peine de commencer dans ce Nouveau Monde. Aucun mot n’était nécessaire. Tout était dit dans ce silence partagé. Loïc revint dans la pièce, nerveux, mais ému de ce qui se passait. Jérôme tourna le regard vers lui et compris : c’était l’heure de la suite.
                    — Mon amour, on va devoir laisser la petite à Loïc le temps qu’on te remette sur pied.
                    — Non, encore quelques minutes, pleura Caroline.
                    Elle savait que c’était inévitable et qu’ils avaient amplement discuté de la situation : la séparation allait sans doute être définitive. On ne cache pas un futur endormi à l’État sans conséquence.
                    — On en a déjà parlé mon amour. Plus on attend, plus on prend des risques.
                    Caroline le savait, mais d’avoir son bébé sur son torse, c’était concret, réel. Les larmes brouillèrent les images de son enfant.
                    — Soit sage et accomplie de grandes choses ma puce, chuchota-t-elle avant de déposer un baiser sur son front. Je t’aime et je t’aimerais même au-delà de la mort.
                    À contrecœur, elle laissa son mari saisir l’enfant. Il se leva et s’approcha de Loïc. Il embrassa la petite sur le front avant de la tendre à son acolyte.
                    — Prends-en bien soin. S’il y arrive quelque chose, je vais revenir te hanter jusqu’à ta mort.
                    — T’as ma parole mon ami.
                    Jérôme déposa une main sur la nuque de son camarade et plaqua son front sur le sien. Ils n’étaient pas dupes : c’était probablement la dernière fois qu’ils se voyaient. Loïc sourit faiblement et quitta l’appartement sur les cris étouffés de douleurs de Caroline. Ce n’était pas la souffrance physique, mais une souffrance intérieure plus profonde. Le médecin s’affairait toujours à recoudre Caroline quand on frappa à la porte durement. Jérôme regarda ses deux acolytes.
                    — Sortez par derrière, lança-t-il au médecin.
                    — Mais je n’ai pas terminé le travail.
                    — Vous avez fait ce que vous aviez à faire. Le groupe a besoin de vous dans ses rangs, pas à la morgue.
                    — Et vous?
                    — Je vais rester avec ma femme le temps qu’elle retrouve ses forces avant de partir.
                    On frappa à nouveau fortement ce qui fit sursauter le trio.
                    — Allez! Disparaissez! C’est un ordre.
                    Le médecin, incertain, mais résolu, ramassa rapidement ses équipements, déposa une main sur l’épaule de Jérôme et quitta rapidement l’appartement par la porte de derrière en sachant très bien qu’il ne reverra pas l’homme et la femme qu’il venait d’accoucher. Jérôme revint vers sa femme et l’embrassa.
                    — Je t’aime, souffla-t-il au moment où la porte d’entrée fut défoncée.
                    Deux agents de l’État pénétrèrent dans la chambre avec les drones de Cortex à leurs côtés.
                    — Où est l’enfant? demanda l’un d’eux.
                    Les deux parents ne répondirent pas. Les deux âmes sœurs se regardèrent tentant d’ignorer le brouhaha qui se passait autour d’eux.
                    — Selon la loi 234 du nouvel État Cortex, et devant votre silence et votre refus d’obtempérer pour nous remettre l’enfant, l’État vous condamne au seul châtiment possible dans une telle circonstance.
                    L’homme leva la main et pointa. Méthodique, sans complication et sans défense, l’exécution fut instantanée et propre. Personne ne pouvait éviter la loi Cortex.